26 janvier 2008
Les Bienveillantes
La seconde guerre mondiale est un sujet de livres fréquents. Des dizaines et des dizaines de romans traitent de cette période. Mais un roman dont le personnage principal est du côté allemand, cela n'est pas courant.
Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, se met dans le camp allemand et déroule son histoire. Ce roman, épais et fourni, permet de mettre à bas une perception de l'armée allemande que les films traitant du sujet ont longuement construite. Beaucoup pensent que cette armée était efficiente et efficace, structurée et organisée, avec des soldats disciplinés et forts, avec des soldats froids et sans états d’âmes. L'histoire des Bienveillantes, bien que ce ne soit ni un documentaire ni une enquête historique, met à bas cette perception.
Dans Les Bienveillantes, les soldats doutent et hésitent. Les soldats pleurent et s’interrogent sur les ordres reçus de la hiérarchie. L’armée est loin d’être extrêmement organisée. Les officiers et le commandement se posent des questions, ne savent pas, s’interrogent. Notamment lors des scènes qui se déroulent à Stalingrad.
Rien que pour cette mise au tapis de la perception de l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale, Jonathan Littell a du mérite.
L’histoire en elle-même est simple : Maximilien Aue, officier, raconte son histoire durant la guerre de son travail d’observateur et de bourreau. Et ceci jusqu’à la France , en passant par Stalingrad, le front de l’Est, la visite des camps et le ministère de l’Intérieur, ...
Certaines scènes symbolisent parfaitement l’ordinaire d’un nazi complètement intégré au travail de l’exécution d’un homme. Un travail parmi d’autres dans cette Allemagne devenue criminelle : ainsi, cette scène ou un homme, âgé, est arrêté par les allemands. Il est conduit au poste. Une discussion s’engage entre cet homme et Maximilien Aue. L’homme arrêté tient la discussion du fait de sa culture et de son expérience. Il sait qu’il va être exécuté dans l’heure qui suit. Il demande alors à choisir le lieu de son enterrement. L’officier Aue accepte. Maximilien Aue et un soldat accompagne l’homme sur son lieu d’exécution et le soldat creuse alors un trou pour le corps. Et là, dans le récit, le lecteur peut se demander si l’officier va réellement exécuter cet homme. Où est l’intérêt peut-on se demander, où se trouve l’utilité de l’exécution d’un homme âgé, le sens de la guerre en sera-t-il réellement changé ? Qu’importe, cet homme est exécuté et tombe dans le trou. Une exécution parce qu'il faut éliminer les Juifs selon l'armée allemande.
Cette scène permet de bien cerner la barbarie nazie qui a imprégné toute la chaîne de commandement allemande.
L’auteur, par ailleurs, utilise des descriptions simples, sans grande rhétorique. Il y a peu de place pour l’onirisme. Les faits sont là avant tout pour décrire l’histoire du personnage Aue et l’immerger dans la barbarie nazie qui prévalait alors.
Mais Les Bienveillantes ont été accusé d’humaniser un officier allemand. C’est le cas, en général, de toutes les œuvres qui tente de traiter la seconde guerre mondiale du côté allemand. Cela l’était pour le film La chute, d’Olivier Hirschbiegel, sorti en 2004 en Allemagne.
Qu’importe ! Chacune et chacun est capable de faire la part des choses. La barbarie nazie a été présente et personne ne peut remettre en cause ce génocide.
Les Bienveillantes reste un long roman à lire. Tant pour le sujet qui n’est pas fréquent en littérature que pour l’histoire racontée simplement.
Mathieu Dufain
Les Bienveillantes de Jonathan Littell aux éditions Gallimard
12:25 Publié dans Critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Les Bienveillantes, Jonhatan Litell, armée, allemagne, livre, roman
18 janvier 2008
Le dormeur de la Concorde
Un homme est mort de froid sur la Place de la Concorde il y a un mois, le jeudi 20 décembre dernier. La mort de cet homme est indigne de la France tout comme les nombreuses morts de sans-abris qui se produisent depuis tant d’années.
La France est un pays riche mais elle est un pays qui s’égare. Ces priorités sont devenues différentes. Cet homme n’aurait pas dû mourir.
Ce poème est dédié à toutes les morts précoces ainsi qu’à Arthur Rimbaud, l’inspirateur.
LE DORMEUR DE LA CONCORDE
A Arthur Rimbaud
et à toutes les morts précoces
C’est un coin fermé de verdure où bruit la ville
Où bancs publics et fleurs amènent discrétion
Et sérénité ; où la nuit froide, depuis le pyramidion
Domine : c’est la ville lumière tranquille
Un homme allongé, bouche fermée, mains serrées
Et le corps étroit, droit et baignant dans le froid
Dort ; il est couché sur sa palette de bois
Pâle dans son lit nu où la nuit s’est bordée
Les mains scellées et glacées, il dort. Raide comme
L’est un bout de bois sur le sol, il fait un somme
Pollution, tiédit-le de ton poison inique
Les polluants ne font pas secouer sa poitrine
Il dort frappé de froid, les lèvres assassines
Tranquille. Il garde une rigueur cadavérique
Mathieu DUFAIN
© Mathieu Dufain, 2008
09:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Poème, poésie, littérature, dormeur, Concorde, SDF, mort
14 janvier 2008
Un homme de Philip Roth
Lire un roman sur la mort – identifié à l'auteur pourrait-on dire - n'est jamais agréable. Un homme, de Philip Roth aux éditions Gallimard, est un livre noir, fataliste et qui décrit le côté le plus sombre de la vie : la longue déchéance vers la fin. La maladie, la mort, les mariages ratés, Philip Roth n'épargne rien. Les détails sont présents et l'auteur s'offre même le plaisir de décrire excellemment un enterrement.
Au-delà de la description des faits, l'auteur nous emmène vers des frontières que l'on explore difficilement soi-même. Sans véritables pensées profondes, le roman se laisse lire sans appréhensions aucunes et reste un bijou de la littérature.
Mathieu Dufain
Un homme de Philip Roth aux éditions Gallimard
22:35 Publié dans Critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Livres, Roth, roman, mort, maladie, Gallimard, Un homme
12 janvier 2008
Vie publique, vie privée : quand la machine s'emballe
Le livre d'Anna Bitton, aux éditions Flammarion, consacré à madame Cécilia Sarkozy ne sera donc pas suspendu, ni même interdit. Ainsi l'a décidé la justice.
Cécilia Sarkozy estime que ce livre "porte gravement atteinte à l'intimité de sa vie privée". Voilà donc une incohérence supplémentaire. Les hommes et les femmes publiques de notre pays côtoient les journalistes d'une façon démesurées et lorsque des éléments ne conviennent plus à ces personnages publics, l'atteinte à vie privée est clamée haute et forte pour en interdire l'usage. Les livres et les écrits en sont, en général, les premières victimes.
Que ces personnages aient une vie privée, cela va de soi comme tout un chacun. Mais l'étalage de leur vie privée comme méthode de communication n'accepte aucunes circonstances atténuantes lorsque ce même étalage ne convient plus aux personnages publics.
Nous traversons depuis plusieurs années un air du temps ou une tendance qui fait que, selon certains, la critique ne pourrait être que positive. Il faut que chaque personne sache que mettre en avant sa vie privée comme argument de vente est un mécanisme qui, à terme, devient incontrôlable. Que ce mécanisme devient une machine qui s'auto-entretient et qu'il est difficile de revenir en arrière.
La solution à ce problème qui, probablement, crée, à un moment donné, des drames, est de ne pas étaler sa vie privée. Nous pourrions également dire que lorsque l'on vide sa vie privée sur la place publique, c'est que l'on n'a pas grand-chose à dire sur le reste.
La limite entre la vie publique et la vie privée doit se réguler par les personnes elles-mêmes sous peine de subir de véritables drames personnels et d'en … assumer les conséquences.
Mathieu Dufain
14:15 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Livre, Cécilia, Sarkozy, censure, Bitton
09 janvier 2008
Vent de réforme au Goncourt
Une démission, la mise en place d’un honorariat, une réforme des statuts, une modification du règlement du Goncourt ... Mais qu’arrive t-il donc à notre plus célèbre académie littéraire.
Si l’on suit les débats de la dernière réunion de l’académie Goncourt, désormais ne pourront voter que les membres présents. Saluons ici cette mesure puisque cette seule mesure permet enfin de donner un gage de respect vis-à-vis des libraires qui sont tributaires des différents prix littéraires.
Mais pourquoi donc tout cet ensemble de mesures n’arrive que maintenant. Il y a une réponse possible parmi d’autres : l’attribution du prix Renaudot à Daniel Pennac pour Chagrin d’école.
Cette attribution a remuée l’académie Goncourt et réveillée cette concurrence entre les prix littéraires. Chagrin d’école est en tête des ventes depuis plusieurs semaines et le Goncourt ne souhaite pas se laisser marginaliser d’une telle façon. De vieux conflits sont résiduels entre les membres des deux jurys et le prix Goncourt ne souhaite pas devenir le prix littéraire qui ne vend pas ou moins bien que les autres prix.
Le prix Renaudot 2007 a déclenché une véritable contre-offensive de l’académie Goncourt. On ne peut que saluer cette réforme puisque, ne l’oublions pas, le prix Goncourt est un prix littéraire qui est relaté dans beaucoup de pays étranger. Au même titre que le prix Pulitzer.
Que cette réforme serve donc la littérature et ses acteurs.
Mathieu Dufain
13:15 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Goncourt, prix, livres, littérature, Renaudot
08 janvier 2008
La nuit du Fouquet's
La nuit du Fouquet’s est un récit. Un récit de cette fameuse soirée du 06 mai 2007 ou le nouveau Président de la République était parmi ses amis.
Fourmillant de détails sur les invités, sur les gestes, les attitudes, les paroles, Ariane Chemin et Judith Perrignon ne donnent pas d’informations exclusives mais relatent une ambiance, une atmosphère. Parfaitement écrit, on s’y croirait. Entre un Johnny Halliday que sa femme tente d’empêcher de boire et un Nicolas Sarkozy qui attend désespérément son épouse d’alors, les invités se connaissent tous de fréquentations ou via des écrans de télévision. Ils parlent tous le même langage et vivent tous dans le même monde.
C’est un récit agréable à lire et qui amène une question : la vie politique ne tourne-t-elle pas à la psychologisation à outrance ?
Probablement que oui. Mais ce genre de récit permet de cerner les personnages qui font partie des principaux dirigeants de notre pays.
Question supplémentaire : Nicolas Sarkozy s’est-il demandé qui a bien pu fournir ces mille détails aux deux auteurs ?
Mathieu Dufain
La nuit du Fouquet's d'Ariane Chemin et de Judith Perrignon aux éditions Fayard
13:30 Publié dans Critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Fouquet's, nuit, politique, récit, Chemin, Perrignon, critique
05 janvier 2008
La rentrée littéraire
Des centaines de livres vont, ces jours-ci, approvisionner les librairies. Certains pensent que c’est beaucoup, d’autres pensent le contraire et puis d’autres gens n’en pensent rien ou ne s’en préoccupent pas.
Soyons réaliste ! Personne, à aujourd’hui, ne peut lire l’ensemble des ouvrages qui paraissent. Ni les critiques littéraires, ni les jurys de prix littéraires, ni les lecteurs. Si passionné par la littérature qu’ils soient. La présidente du jury du prix Goncourt, Edmonde Charles-Roux, le reconnait elle-même : « Qui pourrait croire que nous avons entièrement lu les 300 romans publiés en septembre ? » (Le Figaro du 03 janvier). Au moins, c’est honnête de sa part.
Comme chacun le sait, le nombre important de livres nécessite donc de faire des choix, des priorités, des coups de cœurs. Ces nombreuses sorties ont donc fait naître un système de promotion des livres basé sur les médias et sur le relationnel. Avec quelques exceptions, certes. Ainsi, les livres qui se vendront le mieux est proportionnel au nombre de passages dans les médias ; les livres qui se vendront le mieux seront ceux qui auront eu une promotion soutenue. Cela est un constat que chacune et chacun peut faire de lui-même. En même temps, un lecteur ne peut pas s’intéresser et acheter un livre dont il ne connait pas l’existence. Mais alors, quelle peut-être la solution pour que chaque personne qui écrive et qui est publiée soient lue ?
Il n’existe aucune solution miracle si ce n’est de continuer à écrire, publier et promouvoir. Garder la " foi " en quelque sorte. Cela peut paraitre défaitiste mais un écrivain écrit avant tout pour lui. Pour exprimer quelque chose d’une façon personnelle ou collective. Et là est l’important. Parce que son expression écrite signifie pour lui un sens, une destinée pourrait-on dire, un chemin.
Car ne l’oublions pas, la littérature est une continuité.
Bonne lecture.
Mathieu Dufain.
14:20 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Actualites, Goncourt, rentrée, librairie, livres
02 janvier 2008
Déserts culturels

Déserts culturels : qu’est-ce donc ? Chacun peut en définir le sens et la portée. Mais attachons-nous, dans ce court texte, à débattre sur les déserts culturels dans le sens d’acquis et d’entretien de ces acquis.
Aujourd’hui, chacun de nous peut faire un constat simple : le consumérisme est LE système dominant des pays occidentaux. Tout le monde peut consommer tout et n’importe quoi et ce consumérisme est entretenu par une publicité permanente. Mais TOUT peut-il être consommé ? Le revers de cette orientation est que chaque objet, chaque création, chaque lien est considérée comme un bien consommable : on consomme des relations sociales comme on consomme des marchandises, on consomme de la croyance comme on consomme une coupe de cheveux. Les livres, les pièces de théâtre, les disques ne sont-ils pas devenus des biens culturels pour les économistes.
Au-delà de cela, nos comportements ont changé. Cette consommation effrénée fait des citoyens que nous sommes des consommateurs exigeants. Peu de gens – voire personne - ne prend plus la peine de réfléchir, d’observer, d’analyser. Tout doit être à portée de main. Tout doit être facile d’usage. Certes, ne nions pas l’évidence, il est agréable d’utiliser un téléphone en utilisant trois touches uniquement. Mais est-il utile qu’un film soit facile à comprendre, qu’un livre soit écrit familièrement pour pouvoir être lu. La liste pourrait être longue.
Combien de personnes refusent de lire un livre parce qu’il est « gros », écrit en « tout petit ». L’histoire peut être passionnante mais qu’importe ! Le livre fait quatre cents pages et cela devient une corvée pour certains. Mais il existe des exceptions comme par exemple Les bienveillantes de Jonathan Littell qui est un roman de neuf cents pages et qui s’est bien vendu. Ou bien L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. Et bien d’autres encore. Mais d’autres pensent également que les bibliothèques doivent être fournies de livres dits érudits pour simplement afficher une image. On place des livres dans une bibliothèque pour épater. Epater les amis, les invités, épater les gens de passage et peut-être même s’épater soi-même.
Cette facilité d’usage, cette exigence des gens qui pourraient paraître, aux premiers abords, intéressante, jouent contre eux. Les citoyens que nous sommes se font infantiliser dans un environnement poussé par l’individualisme qui devient de plus en plus de l’hédonisme vulgaire. De cet infantilisme, de cet hédonisme vulgaire, des déserts culturels se créent. On ne cherche plus la complication et la difficulté et lorsqu’une difficulté apparait dans ce monde devenu stérile, alors cela devient une source d’angoisse. Un bruit trop fort, une personne qui crie, une panne de matériel deviennent des évènements et non plus des faits.
Cette extrême sensibilité de la société empêche aux citoyens de se poser puisque tout est un évènement. Si tout doit être facile, pourquoi prendre le temps de lire un livre puisque la télévision nous offre des programmes rapides et simples, pourquoi prendre le temps de réfléchir puisque des solutions nous sont apportées sur un plateau.
Petit à petit, la culture – et notamment la littérature – se limitera à du « prêt-à-lire» sans réflexion par exemple.
Mais restons optimistes : des centaines de livres sortent tous les ans, des milliers de gens écrivent à la recherche d’un éditeur. Que ce soient des romans, de la poésie, des essais. Toute cette énergie ne peut que tirer les gens vers le haut pour le bien de la société. Il faut faire face à ces déserts culturels qui se créent d’année en année et ne pas laisser le champ totalement libre au consumérisme et à l’hédonisme vulgaire.
N’oublions pas qu’une société qui réfléchit est une société qui avance.
Meilleurs vœux à vous et vos proches.
Mathieu Dufain
14:20 Publié dans Parlons-nous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Déserts culturels, littérature, poésie, consumérisme, hédonisme, Les bienveillantes, Jonhatan Littell









