16 février 2008

Die Wohlgesinnten - Les Bienveillantes

c23baf2699472cfe09754fe935f7b95a.jpgAinsi Les Bienveillantes vont être disponible en Allemagne à partir du 23 février prochain sous le titre Die Wohlgesinnten.

Au-delà de l'évènement littéraire et éditorial que cela crée outre-Rhin, quel peut être le ressenti de nos voisins allemands plus de soixante années après la fin de la guerre ?

A aujourd'hui, si nous partons du principe qu'en 1945, année de la signature de l'armistice, des soldats allemands de 20 ans ont pu regagner leurs foyers, alors, en 2008, ils sont âgés de 83 ans.

Durant la guerre, les soldats allemands ont violés, humiliés, tués, assassinés des femmes, des enfants, des vieillards et des hommes en général. Tuer ne devient pas une habitude, un geste anodin, une formalité. Le jeune soldat allemand de 1945, qui aujourd'hui est un octogénaire, a vu tout au long de sa vie son pays s'intégrer à l'Europe et en être un membre fondateur, ce jeune soldat à suivi la guerre froide avec les soviétiques qu'il a combattu, il a également assisté à la chute du mur de Berlin en 1989 et à la réunification de son pays une année plus tard.

Depuis, l'Allemagne et l'Europe vivent en paix. Le jeune soldat allemand devenu octogénaire sera peut-être un lecteur de Die Wohlgesinnten. Quelle sera sa grille de lecture en découvrant le roman, est-ce que certaines scènes l'amèneront à s'identifier à son passé, comment la hiérarchie de l'armée allemande racontée par Les Bienveillantes va-t-elle apparaître dans le passé de ce jeune soldat ?

Toutes ces questions peuvent permettre parfois de comprendre, de saisir, d'identifier comment le passé agit sur nos contemporains. C'est une affaire à suivre si l'on peut dire.

Die Wohlgesinnten va peut-être être ressenti comme le film de Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan, sorti en 1998. Ce film avait traumatisé les vétérans de la seconde guerre mondiale pour le réalisme des scènes et, notamment, la scène du débarquement sur les côtes françaises.

Ces développements sont intéressants à suivre mais tout ceci n'est qu'hypothèse. Peut-être que les jeunes soldats allemands devenus octogénaires liront les premières pages de Die Wohlgesinnten puis … refermeront le livre.

Mathieu Dufain

14 février 2008

La route de Cormac McCarthy

4d2dd1a181747332dd49ec643ac88e8a.jpgUne Terre dévastée avec comme paysage une route sans fin et de la cendre présente partout. Cette cendre tel un pense-bête pour ne pas oublier l’apocalypse qui s’est produite.

Deux individus sans noms : l’ homme et le petit. Le père et son fils. Tous deux vagabondent dans cette Terre dévastée ou la méfiance et la peur sont omniprésentes. Il n’y a pas d’avenir. Ou plus d’avenir pourrait-on dire pour l’homme et le petit. Ils marchent. Constamment et toute la journée sur une route. Lors des arrêts, ils vérifient que leurs lieux de pause sont en sécurité. Tout au long de leur périple, les deux personnages déambulent au milieu des ruines et des cadavres et tentent de survivre. L’homme et le petit traînent un caddie comme compagnon de survie et possèdent un révolver comme s’il était un protecteur. Du moins le croient-ils.

Sur cette Terre dévastée, il y a peu de monde. Une apocalypse s’est produite mais le lecteur ne saura pas ce qui s’est réellement passé. Les deux personnages sont sans noms et il n’est pas fait mention de la mère de l’enfant. L’homme, le père, se raccroche au petit et cet enfant n’a plus que son père comme seul repère.

Les dialogues sont simples et empreints de méfiance et  d’insécurité. Les échanges entre le père et le fils demandent toujours un accord. Fût-il de façade. Le roman fait évoluer l’homme par utilité comme si un travail devait être achevé. L’enfant, lui, est plus « humain ». Notamment dans ces scènes ou il se préoccupe d’un autre enfant. Dans cette autre scène ou il se demande si un homme rencontré sur la route pourra manger le lendemain.

La route de Cormac McCarthy est un livre terrible sur la mort certes, mais avant tout sur l’isolement. Cet isolement qui, quoi qu’il arrive, amène à la mort. Quelle qu’elle soit. Alors que la nature humaine nous amène d’instinct à nous regrouper avec d’autres, le roman adopte le phénomène inverse : l’apocalypse a amené méfiance et défiance sur des individus qui s’isolent. Et cet isolement décrit avec talent par l'auteur nous permet d'être troublé d'émotion dans la dernière scène du roman. Une scène pleine de réalité et d'amour.

La route est à mettre en parallèle avec Un homme de Philipp Roth. Deux grands auteurs américains qui ont donc publiés, à quelques mois d’intervalles, deux romans sur la destinée de l’homme, son isolement, la solitude et la mort.


Mathieu Dufain


La route de Cormac McCarthy aux éditions de l'Olivier

06 février 2008

La réforme du Goncourt : effet domino ?

2d992675f2c28c062fce9a91aeaac3e5.jpgL'Académie Goncourt est ainsi la première institution des prix littéraires à se réformer : accession d'office à l'honorariat à partir de 80 ans, incompatibilité entre une fonction à l'Académie Goncourt et toute fonction rémunérée chez un éditeur et encadrement des absences. Trois modifications qui, espérons-le, feront bouger les choses et le ressenti du prix Goncourt.

Mais cette réforme fera-telle évoluer les autres prix ?

Là est la question. L'Académie Française, le Renaudot, le Fémina et les autres prix littéraires suivront-ils le chemin de l'Académie Goncourt. L'Académie Française à l'opportunité exceptionnelle de devoir remplir ses rangs et d'y apporter du sang neuf, si l'on peut dire, qui pourra, à terme, être source de réforme. Mais le prix Renaudot sera le plus observé. Celui-ci se considérant comme le premier "concurrent" du Goncourt (comme on a pu le voir lors de l'attribution des derniers prix), le prix Renaudot ne peut rester inerte face aux changements du Goncourt.

Alors ! La réforme du Goncourt aura t-elle un effet domino sur les autres prix littéraires ?

Souhaitons-le. Pour les écrivains, pour les lecteurs et pour tous les acteurs du livre.

Mathieu Dufain.

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